17/09/2009

Imbroglio au resto

Seul comme toujours ( non, la madame obèse en legging fleuri, celle qui a l’air du Jardin botanique avec un t-shirt de Platinum Blonde, n’est pas avec moi) j’attendais dans l’entrée d’un centre de ravitaillement pour estomac en crise qu’une jeune employée démotivée au sourire qui ferait la fortune d’un récupérateur de métal me démontre l’intérêt que son poste d’hôtesse exige.
-Vous êtes une personne ?
- Ah désolé.
J’ai enlevé mon masque de Chewbacca.
-Oui.
- Voulez-vous une banquette ?
-Non, je veux manger.
- Oui, mais sur une banquette ?
- Quoi, vous avez pas de table ?
- Laissez faire. Venez avec moi.
J’ai suivi l’air bête de 16 ans, qui m’a désigné une table dont les assiettes étaient sales et remplies de napkins tachées et d’os dont la viande avait été rongée. Il restait encore des frites et un morceau de poulet froid. Autour de moi, il n’y avait pas âme qui vive. Je me croyais dans une salle d’essayage de set de cuisine. Rapidement, on m’a apporté un verre d’eau que je n’avais pas commandé et un menu que je n’avais pas demandé. Puis, un jeune homme dont l’épaisseur de ses semelles n’avait d’égal que celle de ses lunettes a essayé de me voler mon assiette. Vif comme l’éclair, je lui ai fait une clé de bars qui l’a cloué au sol.
-Quesse tu fais là toi ?
- Ben je vous libère la place, a-t-il gémi.
- Pourquoi ?
- Ben pour que vous puissiez manger.
- J’y serais arrivé si t’étais pas venu me déranger!
- Ben vous pouvez pas manger ça ! Faut que vous commandiez quelque chose, sinon vous pouvez pas rester ici.
- C’est écrit où ça ?
- Nulle part, c’est ça le concept de restaurant.
- C’est antidémocratique. J’ai pas voté pour ça.
- Personne ne l’a fait, monsieur.
- En plus ! Et vous acceptez ça ?
- J’ai pas le choix, sinon je vais avoir des gros problèmes.
À ce moment, trois personnes m’ont pris à parti et j’ai dû desserrer mon emprise. On ne m’a pas laissé le temps de me défendre que j’étais condamné à sortir des lieux. Le dictateur des lieux m’a banni sur le champ et m’a mis à la porte sans plus de cérémonie. Pas d’avocat, pas de procès, juste une décision unilatérale condamnable devant la cour suprême.
Je n’allais pas me laisser faire. J’avais un plan. Dès ma carcasse sortie de ce microcosme de totalitarisme alimentaire, je me suis dirigé vers l’arrière. Caché derrière une voiture, j’ai attendu ma proie, ce pion lobotomisé qui m’a dérangé en plein repas. Après 20 minutes, il a apparu à la porte arrière, un sac vert dans la main. Je lui ai sauté dessus, l’ai assommé et prix mon butin. Ce n’est pas un esclave sans envergure d’une junte toute puissante qui va m’empêcher de faire respecter mon droit de manger.

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