Seul comme toujours, d’un coup que je gagnerais à loterie, j’avais décidé de donner congé à mes chaises de cuisine et de faire faire du temps supplémentaire à ma nappe en allant faire un pique-nique dans un endroit où les enfants sont heureux jusqu’à ce qu’il se la pète solide en tombant de la pyramide de corde d’une hauteur où il serait obligatoire, dans le domaine de la construction, de porter un casque, le parc. J’avais tout ce qu’il me fallait pour passer du bon temps, à l’exception du contenu de mon bar, de mon x-box, mes jetons de poker, ma poupée gonflable de France Castel, mon taser, mes figurines de Star Wars, mon kit de magie noire, mes DVD de la poule aux œufs d’or, bref, c’tait vraiment plate.
Nostalgique du temps où Francis Martin n’avait qu’un seul nom, je commençais à croquer dans ma soupe instantanée – instantané, le mot est trompeur puisqu’il faut ajouter de l’eau et la faire chauffer. Vous savez ce qui est vraiment instantané ? Un mal de coeur suivant une dégustation de Whiskas. Pas besoin de faire chauffer ni d’ajouter de l’eau... mais grayez-vous d’un sceau et ignorez les hallucinations de scarabée en snap pants - quand un bourdonnement agressif me rappela les cours de sexualité commandités par le sex-shop du coin. Une de ses bestioles volantes en habit de Beetlejuice jauni par une brassée de lavage mal séparé vint interrompre le cours de mon ennui.
D’un vif coup de baguette française, j’ai envoyé Maya l’abeille dans un endroit assurément plus joyeux que son émission. J’allais maintenant m’attaqué à un saucisson remplit de on-veut-pas-le-savoir, mais une démangeaison aiguë transformait rapidement mon bras en dirigeable Goodyear. Avant que j’aie pu réagir, une autre piqûre désactiva le mode sensible de mon bassin. Paralysé, j’observais avec effroi l’escadron armé en camouflage jaune et noir pénétrer mon espace aérien et attaquer mes champs de poils. Je sentais les dards trouer ma peau. Paradoxalement, je me métamorphosais en montgolfière.
À l’agonie, je revoyais ma vie passer devant mes yeux, ma naissance dans un coffre à outils chez Canadian Tire, mon adolescence marquée par l’acné et les dés à 20 faces, mon premier travail comme caddie de golf, mon deuxième comme driver... Puis une samaritaine m’a ranimée en me faisant le bouche-à-bouche. C’est que j’ai compris le sens du mot « pique-nique ».
29/08/2009
25/08/2009
Cathodicité
Seul comme toujours, vous allez rire moins fort quand avoir des amis pis une blonde ça sera plus à la mode, je me préparais un lait au chocolat en priant pour que ma cuillère ne vomisse pas dans le verre à force de tourner comme ça. Je m’apprêtais à regarder mon émission préférée jouant en simultanée sur les canaux 79 à 97 sur le câble et pas mal tous les postes si vous êtes équipés d’une antenne. Il s’agit d’une guerre sans merci vue du ciel entre les points noirs, les points blancs et les points gris. Sans peur, les combattants se rentrent dedans sans réfléchir dans une cacophonie de tchhh pendant des heures et des heures(en fait, je n’ai jamais réussi à écouter un épisode jusqu’à la fin). Il arrive même que des émissions sur les autres postes soient subitement interrompues par cette spectaculaire bataille, surtout les soirs d’orages et de tempête de neige.
En allumant mon appareil électrique de monopolisation de l’attention, je suis tombé sur une de ces compétitions par équipe d’attendage que la balle soit lancer, aussi appelé le baseball majeur. Les NY affrontaient les BOS et selon les commentateurs, on en était à la 6e manche. J’ai eu beau chercher, je ne voyais pas les cinq autres. J’ai donc conclu qu’ils les avaient jetés. Ma mère m’aurait tué si j’avais abimé autant de chandails en si peu de temps.
Au milieu du terrain, il y avait un gars sur une butte qui semblait attendre que quelqu’un vienne jouer avec lui au roi de la montagne. Il regardait devant lui, à sa gauche, à sa droite, crache à terre, renifle, mâche sa gomme, mais personne ne bougeait. Puis, un vieux bedonnant se mit à exécuter une chorégraphie digne des plus minimalistes danseurs modernes. Tour à tour, il s’est frotté successivement les épaules, s’est pogné le nez, tapoté sur ses bras et a ajusté sa casquette. Du grand art. J’ai senti la détresse de l’homme dans son mouvement de poignet.
Finalement, frustré de se faire niaiser et d’attendre que quelqu’un ne s’avance, le gars sur la butte a décidé de lancer sa balle sur un monsieur avec des bras gros comme 80 seringues de stéroïde en chemise et pantalon assorti qui swignait une mailloche de bois dans le vide sans raison apparente. Bonne stratégie, car ce dernier s’est tout de suite dirigé vers lui, en plus de tous les autres joueurs présents. Enfin, il avait du monde avec qui jouer.
En allumant mon appareil électrique de monopolisation de l’attention, je suis tombé sur une de ces compétitions par équipe d’attendage que la balle soit lancer, aussi appelé le baseball majeur. Les NY affrontaient les BOS et selon les commentateurs, on en était à la 6e manche. J’ai eu beau chercher, je ne voyais pas les cinq autres. J’ai donc conclu qu’ils les avaient jetés. Ma mère m’aurait tué si j’avais abimé autant de chandails en si peu de temps.
Au milieu du terrain, il y avait un gars sur une butte qui semblait attendre que quelqu’un vienne jouer avec lui au roi de la montagne. Il regardait devant lui, à sa gauche, à sa droite, crache à terre, renifle, mâche sa gomme, mais personne ne bougeait. Puis, un vieux bedonnant se mit à exécuter une chorégraphie digne des plus minimalistes danseurs modernes. Tour à tour, il s’est frotté successivement les épaules, s’est pogné le nez, tapoté sur ses bras et a ajusté sa casquette. Du grand art. J’ai senti la détresse de l’homme dans son mouvement de poignet.
Finalement, frustré de se faire niaiser et d’attendre que quelqu’un ne s’avance, le gars sur la butte a décidé de lancer sa balle sur un monsieur avec des bras gros comme 80 seringues de stéroïde en chemise et pantalon assorti qui swignait une mailloche de bois dans le vide sans raison apparente. Bonne stratégie, car ce dernier s’est tout de suite dirigé vers lui, en plus de tous les autres joueurs présents. Enfin, il avait du monde avec qui jouer.
23/08/2009
Un mur et son pêché
Seul comme toujours, c’est plus avantageux quand on partage un mister freeze, je déambulais dans un genre de pensionnat pour 2x4 doublé d’une pharmacie pour accroc de la perceuse, un centre de rénovation. J’y étais parce que je devais au départ planter un clou pour accrocher mon diplôme de bachelier en technologie de la nouille, mais les choses sont devenues incontrôlables. Après seulement quelques secondes, une fissure de trois mètres traversait ma cuisine et mon voisin m’ordonnait à travers le mur de reconstruire sa douche. Dire que je croyais sauver du temps avec ce marteau-piqueur.
-J’peux-tu t’aider, capitaine ? m’a demandé un homme bien en chaire, mais qui avais paradoxalement beaucoup de gras et qui, visiblement, n’avait aucune connaissance en Marine.
- Oui, j’ai besoin d’une douche-téléphone avec un câble assez long pour faire un longue distance. J’ai pas besoin du bain en attente, de la bouteille de shampoing vocale ou de robinet-conférence.
-Euh, pas d’trouble, moussaillon, ça va t’être tout?
Sans m’en rendre compte, j’avais changé de grade. Si j’avais vraiment été capitaine, j’aurais été insulté. Surtout qu’avec une paye de moussaillon, je n’aurais plus eu assez d’argent pour payer les matériaux.
-Non. J’ai aussi besoin d’un tuyau d’eau chaude et un tuyau d’eau froide, une manette C et une H. En plus, j’aurais besoin d’environ 5000 tuiles blanches et noires pour faire un motif de mots croisés, quelque chose pour faire tenir les tuiles pour pas fucké le jeu de celui qui prend sa douche et aussi deux baies vitrées comme au centre Bell sauf coupé sur le sens de l’épaisseur.
- Ok, euh, autre chose, caporal ?
Caporal ? Me voilà dans l’armée ? Est-ce que j’étais encore sur le même bateau, moi là ? J’allais attaquer l’Irak ou livrer une cargaison de Vietnamiens ? C’est ben compliqué, magasiner ici !
-Ben j’aurais besoin d’un mur.
- Comment grand ton mur, chef ?
Chef...Chef d’entreprise ? Chef cuisinier ? Chef de file ? Schefferville? Tous ses titres commençaient à me monter à la tête. Où était-ce l’odeur de mon interlocuteur, mélange suffocant de sueur et d’encre de crayon-feutre permanent dont le bouchon n’était pas refermé ?
- J’ai pas mesuré. Donne-moi du standard, là.
- Ok, t’en veux combien, des panneaux de giproc, l’gros ?
Va donc chier! j’ai pensé. Non, mais il ne s’était pas regardé comme du monde, lui ! Il y a probablement un guide Michelin à son nom !
- Non, j’veux un mur. Tsé un mur là, si tu restes pas dans rue, y’en a au moins quatre chez vous.
- Ben voyons, tu peux pas acheter un mur comme ça. Faut que tu le fasses toi-même, chummy.
Je voulais lui prouver mon amitié avec un coup de genou dans l’ventre pis un uppercut sur le menton. Je voulais même ajouter un peu d’amour sous forme de coup de pied dans les schnolles. Chummy, on dirait le nom du huitième des sept nains.
-Comment ça ? Arrête de niaiser pis donne-moi un bout de celui-là, là, disais-je en montrant un des murs du magasin et en empoignant une scie mécanique et un masque de hockey qui trainaient.
-Euh, vous faites quoi là, monsieur ?
C’est fou comme la politesse revient quand t’as l’air d’un tueur des années 80.
- Quoi tu veux le faire à la scie ronde ? Correct, mais dépêche, j’ai un diplôme qui attend d’être posé pis un voisin qui veut finir ses mots croisés.
-J’peux-tu t’aider, capitaine ? m’a demandé un homme bien en chaire, mais qui avais paradoxalement beaucoup de gras et qui, visiblement, n’avait aucune connaissance en Marine.
- Oui, j’ai besoin d’une douche-téléphone avec un câble assez long pour faire un longue distance. J’ai pas besoin du bain en attente, de la bouteille de shampoing vocale ou de robinet-conférence.
-Euh, pas d’trouble, moussaillon, ça va t’être tout?
Sans m’en rendre compte, j’avais changé de grade. Si j’avais vraiment été capitaine, j’aurais été insulté. Surtout qu’avec une paye de moussaillon, je n’aurais plus eu assez d’argent pour payer les matériaux.
-Non. J’ai aussi besoin d’un tuyau d’eau chaude et un tuyau d’eau froide, une manette C et une H. En plus, j’aurais besoin d’environ 5000 tuiles blanches et noires pour faire un motif de mots croisés, quelque chose pour faire tenir les tuiles pour pas fucké le jeu de celui qui prend sa douche et aussi deux baies vitrées comme au centre Bell sauf coupé sur le sens de l’épaisseur.
- Ok, euh, autre chose, caporal ?
Caporal ? Me voilà dans l’armée ? Est-ce que j’étais encore sur le même bateau, moi là ? J’allais attaquer l’Irak ou livrer une cargaison de Vietnamiens ? C’est ben compliqué, magasiner ici !
-Ben j’aurais besoin d’un mur.
- Comment grand ton mur, chef ?
Chef...Chef d’entreprise ? Chef cuisinier ? Chef de file ? Schefferville? Tous ses titres commençaient à me monter à la tête. Où était-ce l’odeur de mon interlocuteur, mélange suffocant de sueur et d’encre de crayon-feutre permanent dont le bouchon n’était pas refermé ?
- J’ai pas mesuré. Donne-moi du standard, là.
- Ok, t’en veux combien, des panneaux de giproc, l’gros ?
Va donc chier! j’ai pensé. Non, mais il ne s’était pas regardé comme du monde, lui ! Il y a probablement un guide Michelin à son nom !
- Non, j’veux un mur. Tsé un mur là, si tu restes pas dans rue, y’en a au moins quatre chez vous.
- Ben voyons, tu peux pas acheter un mur comme ça. Faut que tu le fasses toi-même, chummy.
Je voulais lui prouver mon amitié avec un coup de genou dans l’ventre pis un uppercut sur le menton. Je voulais même ajouter un peu d’amour sous forme de coup de pied dans les schnolles. Chummy, on dirait le nom du huitième des sept nains.
-Comment ça ? Arrête de niaiser pis donne-moi un bout de celui-là, là, disais-je en montrant un des murs du magasin et en empoignant une scie mécanique et un masque de hockey qui trainaient.
-Euh, vous faites quoi là, monsieur ?
C’est fou comme la politesse revient quand t’as l’air d’un tueur des années 80.
- Quoi tu veux le faire à la scie ronde ? Correct, mais dépêche, j’ai un diplôme qui attend d’être posé pis un voisin qui veut finir ses mots croisés.
18/08/2009
Dermocratie
Seul comme toujours, puisque le canal météo ne s’écoute pas en gang, je prenais tranquillement sur la terrasse, au bistro du coin, une tasse de ce liquide chaud goutant l’iniquité; ce liquide de couleur noir sans vraiment l’être, donc noir comme un Black; ce liquide qui permet aux animateurs d’émissions du matin de ne pas pogner le fixe sur la lumière rouge de la caméra, bref un esti de café.
Soudain, à la table d’à côté, j’ai saisi, entre deux effluves de parfum cheap, une bribe de discussion à saveur politique :
-Ouin mon Gilles, on va p’t-être aller en élection c’t automne.
- Ben moé Gérard, c’est clair que m’a voter bleu. Toé ?
- Rouge ou orange, je sais pas encore, j’suis pas très bleu, encore moins bleu foncé.
J’ai bien failli m’étouffer dans ma tasse de faux noir. Quoi, me disais-je, on vote pour des couleurs maintenant ? L’homme ne peut plus se gouverner lui-même ? Nos partis politiques sont devenus si poches qu’une couleur fait plus la job ? Mettons que j’aime le bleu et le rouge, je peux-tu voter mauve ?
-Encore pogné pour aller voter. Maudit que j’haïs ça! On y a été l’an passé me semble.
-Je l’sais Gérard, moé aussi ça me fait chier. Quesse tu veux, c’est ça la demi...euh la dino... thermo...la chose là.
-La dermocratie, Gilles, dermocratie.
Dermocratie... J’avais soudainement envie de me gratter. Faut pas se leurrer, ce système est la dictature de l’urne. Sans nous demander notre avis, elle nous convoque sans qu’on le veuille dans un local que nous n’avons pas décidé, et ce, à des heures que nous n’avons pas déterminées pour obligatoirement dessiner soit un x, un -, un +, un √ ou ben barbouiller dans un p’tit cercle sans trop dépasser devant le nom d’un candidat que nous n’avons pas choisi pour l’être. Après, elle va dire que le peuple a décidé d’élire un tel quand au départ, le peuple ne décide de rien.
-Toi Gilles, t’aimerais ça qu’y aille un 3e référendum ?
- Bah tsé, si je demande à une fille de coucher avec moi pis qu’a dit non deux fois, la troisième c’est considéré comme du harcèlement. Mais si la deuxième fois, la fille hésite pas mal, j’y paye un autre drink pis je me réessaye plus tard, tsé. Faut être stratégique dans vie.
- Facque t’aimerais ça, c’est ça ?
- Ça dépend de quoi la fille a l’air.
En dermocratie, 50%+1 du monde peut décider pour 50%-1 des autres. C’est pas ben le fun. Donc, l’urne a décidé qu’il faudrait une majorité claire, ce que personne ne sait de quoi ça l’air. Ce qu’on sait, c’est qu’un oui à 50%+1 est toujours moins clair qu’un non à 50%-1.
Là, ça commençait à m’irriter pas mal. La dermocratie, ça pique quand t’aimes pas ça. J’ai pris le journal pour oublier mon mal. J’aime particulièrement la section « mot du jour ». Aujourd’hui c’était « démocratie ». Quessé ça ?
Soudain, à la table d’à côté, j’ai saisi, entre deux effluves de parfum cheap, une bribe de discussion à saveur politique :
-Ouin mon Gilles, on va p’t-être aller en élection c’t automne.
- Ben moé Gérard, c’est clair que m’a voter bleu. Toé ?
- Rouge ou orange, je sais pas encore, j’suis pas très bleu, encore moins bleu foncé.
J’ai bien failli m’étouffer dans ma tasse de faux noir. Quoi, me disais-je, on vote pour des couleurs maintenant ? L’homme ne peut plus se gouverner lui-même ? Nos partis politiques sont devenus si poches qu’une couleur fait plus la job ? Mettons que j’aime le bleu et le rouge, je peux-tu voter mauve ?
-Encore pogné pour aller voter. Maudit que j’haïs ça! On y a été l’an passé me semble.
-Je l’sais Gérard, moé aussi ça me fait chier. Quesse tu veux, c’est ça la demi...euh la dino... thermo...la chose là.
-La dermocratie, Gilles, dermocratie.
Dermocratie... J’avais soudainement envie de me gratter. Faut pas se leurrer, ce système est la dictature de l’urne. Sans nous demander notre avis, elle nous convoque sans qu’on le veuille dans un local que nous n’avons pas décidé, et ce, à des heures que nous n’avons pas déterminées pour obligatoirement dessiner soit un x, un -, un +, un √ ou ben barbouiller dans un p’tit cercle sans trop dépasser devant le nom d’un candidat que nous n’avons pas choisi pour l’être. Après, elle va dire que le peuple a décidé d’élire un tel quand au départ, le peuple ne décide de rien.
-Toi Gilles, t’aimerais ça qu’y aille un 3e référendum ?
- Bah tsé, si je demande à une fille de coucher avec moi pis qu’a dit non deux fois, la troisième c’est considéré comme du harcèlement. Mais si la deuxième fois, la fille hésite pas mal, j’y paye un autre drink pis je me réessaye plus tard, tsé. Faut être stratégique dans vie.
- Facque t’aimerais ça, c’est ça ?
- Ça dépend de quoi la fille a l’air.
En dermocratie, 50%+1 du monde peut décider pour 50%-1 des autres. C’est pas ben le fun. Donc, l’urne a décidé qu’il faudrait une majorité claire, ce que personne ne sait de quoi ça l’air. Ce qu’on sait, c’est qu’un oui à 50%+1 est toujours moins clair qu’un non à 50%-1.
Là, ça commençait à m’irriter pas mal. La dermocratie, ça pique quand t’aimes pas ça. J’ai pris le journal pour oublier mon mal. J’aime particulièrement la section « mot du jour ». Aujourd’hui c’était « démocratie ». Quessé ça ?
14/08/2009
Entraide (Le dude qui marmonnait à l’oreille des usagers)
Seul comme toujours, car mes bobettes ne supportent qu’une seule paire de fesses à la fois, j’attendais l’autobus, ce petit avion sans aile qui roule au lieu de voler et dont le chauffeur se sacre ben si ça brasse ou non, dans l’abribus. Cette installation porte mal son nom puisque si l’autobus décide de rentrer dedans, ce n’est pas 5-6 baies vitrées, une couple de boulons pis une pub de bière cheap qui vont tenir à l’abri les occupants.
Je désirais me rendre au centre d’achat pour me procurer le dernier DVD de Cardio Tae Boxe en version braille pour ma grand-mère aveugle de 107 ans en fauteuil roulant. L’horaire, d’habitude affiché avec la carte de la ville dans un case en plastique, avait décidé de s’absenter de la job aujourd’hui pour cause de p’tit-crisse-qui-avait-rien-à-faire. Après plusieurs minute à me demander si je devrais réquisitionner le big wheel du petit gars d’en face qui jouait dans son entrée de garage, le méga suppositoire collectif à roulette s’est pointé le bout du parechoc. C’est donc avec soulagement et une envie de pisser la grosse slush que je venais de caler que j’y suis monté.
Payant mon passage en espèce, en voie de disparition dans l’écosystème de mon porte-feuille, j’ai pris place à l’avant du wagon solitaire émancipé d’un train inexistant. Devant moi, un homme aux souliers autrefois blanc et jadis munis de semelles, au pantalon dont les trous étaient maintenant majoritaires, au t-shirt couleur crotte de fromage qui exhibait son nombril rempli d’immondices, aux lunettes dont la monture offrait une bonne cachette à ses sourcils, à la chevelure victime d’un génocide capillaire, est venu s’asseoir à ma droite. Il tenait dans une main un bouquet de fleurs.
Entre ses dents survivantes d’une attaque de gingivite, il a marmonné :
-Eille j’ai une histoire à te raconter. C’est important. Une fois, c’t’un gars qui voulait rentrer dans la police, la police s’est tassée, y’est rentré dans le mur, y’a fait un trou pis toutes ses chums se sont évadés de prison.
-Ah bon, j’ai dit. Il a donc fait exprès, le scélérat. Y’est arrivé quoi à ce gars-là ?
- Il est mort. En démolissant le mur, il a aussi tué deux détenus. Ils sont arrivés les trois devant Saint-Pierre qui leur a dit en pointant du doigt : « Jetez-vous en bas de ce précipice et dîtes ce que vous aimez le plus au monde et vous tomberez dedans. » Le premier détenu s’est élancé et a crié : « L’argent! » et il est tombé dans une montagne de cash. Le deuxième détenu s’est élancé ensuite et a crié en tombant : « Des femmes nues! » et il est tombé sur une montagne de belles femmes à poil. Le gars de tantôt s’est élancé à son tour, mais s’est enfargé sur une roche et a crié en tombant: « Diantre! » et il est tombé au beau milieu d’une pièce de Molière.
- Toute une mort, j’ai dit. C’était quoi son nom au juste ?
- Pet. Il a failli se noyer une fois. Il est allé en bateau avec Répète un jour. Mais Pet est tombé à l’eau. Devine qui qui restait dans le bateau ?
- Ben techniquement personne. Je le connais Pet, pis Répète c’est son chien!
- Ah. Ben si tu le connais, peux-tu aller mettre ces fleurs-là sur sa tombe ? J’aurai pas le temps, je dois aller au centre d’achat m’acheter le DVD de Cardio Tae Boxe, la version Director’s cut avec les commentaires du réalisateur, les bloopers et les behind the scenes.
- Ok, mais achète la version braille en échange. Tiens, voilà 300 dollars, ça devrait suffire.
En faisant oui de la tête, il a tiré sur la corde pour signifier qu’il désirait descendre de ce cheval de Troie mécanique qui n’aurait berné aucun Troyen parce qu’ils auraient pu voir les soldats grecs cachés en dessous des bancs. Une fois sorti, il se fit attaquer par un groupuscule armé arborant bandeaux rouges, signes de piasse en or et de grosses couches de nonchalance juvénile, les mêmes qui m’ont vu donner une liasse de billets au quidam. Pour agir de la sorte, les pauvres devaient surement être affamés.
Je désirais me rendre au centre d’achat pour me procurer le dernier DVD de Cardio Tae Boxe en version braille pour ma grand-mère aveugle de 107 ans en fauteuil roulant. L’horaire, d’habitude affiché avec la carte de la ville dans un case en plastique, avait décidé de s’absenter de la job aujourd’hui pour cause de p’tit-crisse-qui-avait-rien-à-faire. Après plusieurs minute à me demander si je devrais réquisitionner le big wheel du petit gars d’en face qui jouait dans son entrée de garage, le méga suppositoire collectif à roulette s’est pointé le bout du parechoc. C’est donc avec soulagement et une envie de pisser la grosse slush que je venais de caler que j’y suis monté.
Payant mon passage en espèce, en voie de disparition dans l’écosystème de mon porte-feuille, j’ai pris place à l’avant du wagon solitaire émancipé d’un train inexistant. Devant moi, un homme aux souliers autrefois blanc et jadis munis de semelles, au pantalon dont les trous étaient maintenant majoritaires, au t-shirt couleur crotte de fromage qui exhibait son nombril rempli d’immondices, aux lunettes dont la monture offrait une bonne cachette à ses sourcils, à la chevelure victime d’un génocide capillaire, est venu s’asseoir à ma droite. Il tenait dans une main un bouquet de fleurs.
Entre ses dents survivantes d’une attaque de gingivite, il a marmonné :
-Eille j’ai une histoire à te raconter. C’est important. Une fois, c’t’un gars qui voulait rentrer dans la police, la police s’est tassée, y’est rentré dans le mur, y’a fait un trou pis toutes ses chums se sont évadés de prison.
-Ah bon, j’ai dit. Il a donc fait exprès, le scélérat. Y’est arrivé quoi à ce gars-là ?
- Il est mort. En démolissant le mur, il a aussi tué deux détenus. Ils sont arrivés les trois devant Saint-Pierre qui leur a dit en pointant du doigt : « Jetez-vous en bas de ce précipice et dîtes ce que vous aimez le plus au monde et vous tomberez dedans. » Le premier détenu s’est élancé et a crié : « L’argent! » et il est tombé dans une montagne de cash. Le deuxième détenu s’est élancé ensuite et a crié en tombant : « Des femmes nues! » et il est tombé sur une montagne de belles femmes à poil. Le gars de tantôt s’est élancé à son tour, mais s’est enfargé sur une roche et a crié en tombant: « Diantre! » et il est tombé au beau milieu d’une pièce de Molière.
- Toute une mort, j’ai dit. C’était quoi son nom au juste ?
- Pet. Il a failli se noyer une fois. Il est allé en bateau avec Répète un jour. Mais Pet est tombé à l’eau. Devine qui qui restait dans le bateau ?
- Ben techniquement personne. Je le connais Pet, pis Répète c’est son chien!
- Ah. Ben si tu le connais, peux-tu aller mettre ces fleurs-là sur sa tombe ? J’aurai pas le temps, je dois aller au centre d’achat m’acheter le DVD de Cardio Tae Boxe, la version Director’s cut avec les commentaires du réalisateur, les bloopers et les behind the scenes.
- Ok, mais achète la version braille en échange. Tiens, voilà 300 dollars, ça devrait suffire.
En faisant oui de la tête, il a tiré sur la corde pour signifier qu’il désirait descendre de ce cheval de Troie mécanique qui n’aurait berné aucun Troyen parce qu’ils auraient pu voir les soldats grecs cachés en dessous des bancs. Une fois sorti, il se fit attaquer par un groupuscule armé arborant bandeaux rouges, signes de piasse en or et de grosses couches de nonchalance juvénile, les mêmes qui m’ont vu donner une liasse de billets au quidam. Pour agir de la sorte, les pauvres devaient surement être affamés.
12/08/2009
Moi, zoo pu!
Seul comme toujours, parce que comme ça une pizza x-large me dure au moins deux repas, je déambulais dans un drôle de pays. Une contrée à la faune exotique, sauvage et dispatché en enclos entre des kiosques à toutous hors de prix et des machines distributrices pratiquant l’extorsion aux sus et vus de tous, le zoo de Granby. Avant de passer les douanes, j’avais laissé ma voiture dans le stationnement en faisant attention de ne pas la laisser près de l’enclos de lions, car je n’avais aucune envie qu’ils dévorent mon Impala.
Pour entrer sur le territoire, je devais me départir de 33 dollars, en échange de quoi l’on m’a donné 1) un bracelet de papier tout sauf à la mode, 2) une carte routière qui ne montre même pas où sont les différents hôtels et 3) l’impression d’avoir payé très cher pour un bracelet et une carte. Ils m’ont même empêché d’entrer avec mon fusil de chasse, même si je leur disais que j’allais bien faire attention de ne tirer que sur les animaux.
J’arrivais donc devant l’enclos des mammouths, qui se prononce « Éléphant » en langue zoodegranbyenne. Et là, l’horreur m’y attendait sous une forme saugrenue. Une horde de kodaks armé jusqu’au flash avait pris en otage un groupe de nomades en autobus voyageur et leur faisait prendre des photos à la chaîne. Ils ne cessaient d’exiger plus de clichés dans plus d’angles différents et de profondeur de champ, le tout sous un implacable tonnerre de « Clic!» intransigeant.
Caché derrière un banc de parc à l’état sauvage, je cherchais le bon moment pour libérer ce groupe réduit à l’esclavage photographique quand la pluie a réduit au silence les terroristes de la lentille, leurs otages en profitant pour courir chercher protection et réconfort dans de la barbe à papa en vente sous la hutte de faux bambou la plus proche.
Le danger écarté, je suis sorti de ma cachette et pris la direction d’un autre enclos, là où il était possible de faire un tour de chameau sans qu’un Bédouin essaie de vous l’échanger contre votre femme. Une file de gens attendaient sous la pluie leur chance de s’asseoir entre deux poches de graisses. Un peu plus loin, il y avait l‘enclos des hippopotames. Pourquoi un chameau et pas un hippo ? En plus, personne n’y faisait la file. Voilà une occasion que je ne pouvais laisser aller, moi qui avais toujours rêvé de chevaucher une obèse morbide.
J’ai donc enjambé la rambarde, me suis déshabillé et j’ai nagé doucement vers eux en faisant attention de ne pas les effrayer avec mon speedo léopard. Pas de chance, ils dormaient. En plus, il n’y avait pas de selle, d’étrier ou quoi que ce soit pour permettre de faire un banal tour d’hippopotame. Frustré, je suis revenu sur mes vagues et j’ai tout de suite cherché mon ambassade sur la carte. Checkez ben la plainte à l’ONU vous autres.
Pour entrer sur le territoire, je devais me départir de 33 dollars, en échange de quoi l’on m’a donné 1) un bracelet de papier tout sauf à la mode, 2) une carte routière qui ne montre même pas où sont les différents hôtels et 3) l’impression d’avoir payé très cher pour un bracelet et une carte. Ils m’ont même empêché d’entrer avec mon fusil de chasse, même si je leur disais que j’allais bien faire attention de ne tirer que sur les animaux.
J’arrivais donc devant l’enclos des mammouths, qui se prononce « Éléphant » en langue zoodegranbyenne. Et là, l’horreur m’y attendait sous une forme saugrenue. Une horde de kodaks armé jusqu’au flash avait pris en otage un groupe de nomades en autobus voyageur et leur faisait prendre des photos à la chaîne. Ils ne cessaient d’exiger plus de clichés dans plus d’angles différents et de profondeur de champ, le tout sous un implacable tonnerre de « Clic!» intransigeant.
Caché derrière un banc de parc à l’état sauvage, je cherchais le bon moment pour libérer ce groupe réduit à l’esclavage photographique quand la pluie a réduit au silence les terroristes de la lentille, leurs otages en profitant pour courir chercher protection et réconfort dans de la barbe à papa en vente sous la hutte de faux bambou la plus proche.
Le danger écarté, je suis sorti de ma cachette et pris la direction d’un autre enclos, là où il était possible de faire un tour de chameau sans qu’un Bédouin essaie de vous l’échanger contre votre femme. Une file de gens attendaient sous la pluie leur chance de s’asseoir entre deux poches de graisses. Un peu plus loin, il y avait l‘enclos des hippopotames. Pourquoi un chameau et pas un hippo ? En plus, personne n’y faisait la file. Voilà une occasion que je ne pouvais laisser aller, moi qui avais toujours rêvé de chevaucher une obèse morbide.
J’ai donc enjambé la rambarde, me suis déshabillé et j’ai nagé doucement vers eux en faisant attention de ne pas les effrayer avec mon speedo léopard. Pas de chance, ils dormaient. En plus, il n’y avait pas de selle, d’étrier ou quoi que ce soit pour permettre de faire un banal tour d’hippopotame. Frustré, je suis revenu sur mes vagues et j’ai tout de suite cherché mon ambassade sur la carte. Checkez ben la plainte à l’ONU vous autres.
06/08/2009
Lèche-vitrine
Seul comme toujours, parce que c’est d’même pis je n’ai pas à justifier ça, je déambulais dans un de ces lieux de perdition pour les junkies de la facture, les accrocs du pitchage de change dans les fontaines et les essayeux de linge en série, bref un centre d’achat. Entre les faux arbres et les vraies poubelles, j’avais la nostalgie des cendriers remplie de sables gris, qui ne donnait pas du tout envie d’y planter un parasol. Ils étaient pourtant pratiques pour déposer les grosses gommes qui ne goutaient plus rien après trois coups de dent.
L’air conditionné de l’endroit me rendait nerveux. Chaque fois qu’une fille passait près de moi, je devais faire un effort pour ne pas m’empaler sur leur poitrine. Je mis donc à ramper. Ça marchait très bien, j’ai réussi à faire le tour du coin-restaurant juste sur une gosse, mais le personnel d’entretien ne trouvait pas drôle que je fasse leur boulot. J’avais beau leur expliquer que là n’était pas mon but, que je ne voulais que circuler en toute sécurité, mais l’un d’eux m’a bien fait comprendre grâce aux saveurs mélangées de sa serpillère et un voyage olfactif dans son porte-poussière que je devais faire comme les autres et marcher sur mes pieds. J’ai hurlé au conformisme, rien ne fit, il était toujours aussi vexé.
Penaud, j’ai jeté le contenu d’un trio whopper sur le sol pour me faire pardonner. Il n’a pas accepté mes excuses à 6,95$ et m’a menacé d’appeler un certain Paul Isse, que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam ni d'aucuns autre apôtre. Ignorant la rage de mon assaillant amant de la Parisienne, je me suis dirigé dans un magasin où on ne vendait que du vent, une boutique de ventilateur.
Une spécialiste dans le domaine de l’hélice en cage m’accueillit avec stupeur et tremblement. Ce n’était pas à cause ma barbe de 18 mois connectant avec mon poil de poitrine ou mon t-shirt avec une phrase sexuelle désopilante qui a malheureusement disparu au lavage, mais simplement le livre d’Amélie Nothomb qu’elle lisait. Cela me dérangeait quelque peu, le professionnalisme étant une qualité que je recherche chez une femme. J’ai alors attiré son attention pour lui poser une question : est-ce que le modèle « Blowing Like a Fucking Tornado » est meilleur que le « Souffle comme une esti de tornade » ou c’est la même chose ?
Elle répondit qu’elle devait vérifier dans son livre, mais je lui fis remarquer qu’Amélie Nothomb ne connait rien en ventilateur. Après quelques heures de tergiversation, j’ai décidé d’y aller avec un modèle plus petit, le «Fait juste t’attacher pis tu va être correct », en solde au dixième du prix. Une aubaine. Mais quand j’ai voulu l’acheter, je m’aperçus que le magasin était fermé et que j’étais emprisonné. Puis un certain Paul Isse m’a ordonné de ne pas bouger.
L’air conditionné de l’endroit me rendait nerveux. Chaque fois qu’une fille passait près de moi, je devais faire un effort pour ne pas m’empaler sur leur poitrine. Je mis donc à ramper. Ça marchait très bien, j’ai réussi à faire le tour du coin-restaurant juste sur une gosse, mais le personnel d’entretien ne trouvait pas drôle que je fasse leur boulot. J’avais beau leur expliquer que là n’était pas mon but, que je ne voulais que circuler en toute sécurité, mais l’un d’eux m’a bien fait comprendre grâce aux saveurs mélangées de sa serpillère et un voyage olfactif dans son porte-poussière que je devais faire comme les autres et marcher sur mes pieds. J’ai hurlé au conformisme, rien ne fit, il était toujours aussi vexé.
Penaud, j’ai jeté le contenu d’un trio whopper sur le sol pour me faire pardonner. Il n’a pas accepté mes excuses à 6,95$ et m’a menacé d’appeler un certain Paul Isse, que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam ni d'aucuns autre apôtre. Ignorant la rage de mon assaillant amant de la Parisienne, je me suis dirigé dans un magasin où on ne vendait que du vent, une boutique de ventilateur.
Une spécialiste dans le domaine de l’hélice en cage m’accueillit avec stupeur et tremblement. Ce n’était pas à cause ma barbe de 18 mois connectant avec mon poil de poitrine ou mon t-shirt avec une phrase sexuelle désopilante qui a malheureusement disparu au lavage, mais simplement le livre d’Amélie Nothomb qu’elle lisait. Cela me dérangeait quelque peu, le professionnalisme étant une qualité que je recherche chez une femme. J’ai alors attiré son attention pour lui poser une question : est-ce que le modèle « Blowing Like a Fucking Tornado » est meilleur que le « Souffle comme une esti de tornade » ou c’est la même chose ?
Elle répondit qu’elle devait vérifier dans son livre, mais je lui fis remarquer qu’Amélie Nothomb ne connait rien en ventilateur. Après quelques heures de tergiversation, j’ai décidé d’y aller avec un modèle plus petit, le «Fait juste t’attacher pis tu va être correct », en solde au dixième du prix. Une aubaine. Mais quand j’ai voulu l’acheter, je m’aperçus que le magasin était fermé et que j’étais emprisonné. Puis un certain Paul Isse m’a ordonné de ne pas bouger.
04/08/2009
Le rack à chips de la discorde
Seul comme toujours, car je n’aime pas qu’on me parle même si c’est pour me dire qu’un autobus s’apprête à m’étamper comme une mouche sur son pare-brise, je déambulais dans les allées d’une épicerie qui, à ma grande surprise, vendait autre chose que des épices. Ça tombait bien, car pour le souper, je voulais me procurer du polysorbat 60, de la gomme de xanthane, de la lécithine de soya et bien sûr, du chlorure de potassium, soit tout ce qu’il faut pour obtenir ce petit goût chimique que j’aime tant. Quand ça goûte trop vrai, ça m’ennuie.
Devant moi, face au rayon de sac de chips, une mère qui n’aurait pas dû le devenir et qui n’a visiblement pas appris de ses erreurs, puisqu’elle a un autre pain dans le four, s’obstinait avec sa progéniture, deux morveux qui, dans quelques années, seront probablement des locataires saisonniers de Bordeaux. Le houleux débat mettait aux prises deux visions diamétralement opposées de ce que devait être une croustille. D’un côté, la mère, conservatrice, défendait son choix de prendre un sac de chips ordinaires en spécial. Et pas question de prendre des ondulés! De l’autre, les deux morveux, modernes et libéraux, chialaient pour avoir les chips Pourritos au bon goût de piment décapant et fromage séparé mécaniquement, le tout deux piasses plus chers.
Les arguments de la mère sont plutôt prévisibles :
-C’é meilleur pou la santé, dé z’ordinaire.
- Tu vas t’êt’e malade.
- Ton pére aime pas ça, cé chips là.
Les fils, voyant une mollesse dans l’argumentation matriarcale, ont contre-attaqué en faisant miroiter un profit :
- Come on, moman! Check, on peut gagner un million si on participe au concours « Étouffez-vous avec la chip en métal Transformers »!
Mais la mère a vu pleuvoir, vu qu’elle a probablement juste fait ça depuis 20 ans, et refusait de façon catégorique :
- J’ai dit non! Pis farmer vos boêtes ! Si vous z’écoutez pas, le Pére Noël vous donn’ras pas de cadeaux c’t’année, s’tu clair ?
À ce moment, mon sang s’est mis à bouillir comme l’huile à frire dans la casserole que j’avais oubliée sur le feu en partant. Je me sentais plus révolté que des Iraniens après une élection. J’avais le goût de prendre un pot de salsa piquante, d’ouvrir le couvercle et de lui coincé entre les dents pour que si elle renvoie, le tout atterrisse dans le pot et retombera dans sa bouche. Oh oui, j’étais à ça (geste de doigts assez rapprochés) de le faire.
-Pis z’êtes mieux de vous coucher tôt à soèr, pa’ce sinon, le Bonhomme Sept Heures va venir vous charcher!
Et elle en remet, l’éleveuse de sociopathe en chaleur! Les enfants ne pouvaient que se tenir tranquilles, abasourdies devant une telle démonstration de rhétorique mensongère de bas étage. Je n’allais pas rester planté là, je devais agir. Mentir est une chose abjecte et il faut inculquer cette notion aux enfants. Ce n’est pas en leur racontant des histoires de gros joufflu dont la femme se fait baiser par une armée de lutin en son absence et de pédophile ponctuelle que ces enfants vont devenir des hommes droits! Pas dans ma face!
Lâchant mon équipement de Ghostbusters que je porte toujours pour faire le marché, ça rassure le personnel de la boucherie, j’ai marché jusqu’à leur hauteur.
-N’écoutez pas votre mère, les enfants. Il n’y a aucun Bonhomme Sept Heures, ni de Père Noël ni aucun personnage fantastique. Tout ça, ce ne sont que des mensonges que votre mère vous raconte pour que vous soyez sage. De la grosse bullshit sale de parents indignes et inconscients du tort qu’ils font. Le monde est comme il est : violent, dangereux, sans espoir, une belle merde. Et c’est là-dedans que vous grandirez. D’ailleurs, saviez-vous que vous allez travailler toute votre vie pour payer les mauvais choix de vos grands-parents ? Ben oui, c’est ça la vérité.
Ils ont éclaté en sanglots. J’avais prévu le coup. C’est comme une deuxième naissance. Voir le monde comme il est vraiment est un choc. La mère, au lieu de me remercier, se mit à m’insulter comme si je ne venais pas de sauver la vie de leurs fils. Il y en a qui ne sont jamais contents.
J’avais le ventre rempli par cette bonne action et j’ai décidé de laisser tomber l’épicerie pour rentrer chez moi. En tournant le coin, à mon grand désarroi, mon immeuble brûlait. Crisse de casserole à marde.
Devant moi, face au rayon de sac de chips, une mère qui n’aurait pas dû le devenir et qui n’a visiblement pas appris de ses erreurs, puisqu’elle a un autre pain dans le four, s’obstinait avec sa progéniture, deux morveux qui, dans quelques années, seront probablement des locataires saisonniers de Bordeaux. Le houleux débat mettait aux prises deux visions diamétralement opposées de ce que devait être une croustille. D’un côté, la mère, conservatrice, défendait son choix de prendre un sac de chips ordinaires en spécial. Et pas question de prendre des ondulés! De l’autre, les deux morveux, modernes et libéraux, chialaient pour avoir les chips Pourritos au bon goût de piment décapant et fromage séparé mécaniquement, le tout deux piasses plus chers.
Les arguments de la mère sont plutôt prévisibles :
-C’é meilleur pou la santé, dé z’ordinaire.
- Tu vas t’êt’e malade.
- Ton pére aime pas ça, cé chips là.
Les fils, voyant une mollesse dans l’argumentation matriarcale, ont contre-attaqué en faisant miroiter un profit :
- Come on, moman! Check, on peut gagner un million si on participe au concours « Étouffez-vous avec la chip en métal Transformers »!
Mais la mère a vu pleuvoir, vu qu’elle a probablement juste fait ça depuis 20 ans, et refusait de façon catégorique :
- J’ai dit non! Pis farmer vos boêtes ! Si vous z’écoutez pas, le Pére Noël vous donn’ras pas de cadeaux c’t’année, s’tu clair ?
À ce moment, mon sang s’est mis à bouillir comme l’huile à frire dans la casserole que j’avais oubliée sur le feu en partant. Je me sentais plus révolté que des Iraniens après une élection. J’avais le goût de prendre un pot de salsa piquante, d’ouvrir le couvercle et de lui coincé entre les dents pour que si elle renvoie, le tout atterrisse dans le pot et retombera dans sa bouche. Oh oui, j’étais à ça (geste de doigts assez rapprochés) de le faire.
-Pis z’êtes mieux de vous coucher tôt à soèr, pa’ce sinon, le Bonhomme Sept Heures va venir vous charcher!
Et elle en remet, l’éleveuse de sociopathe en chaleur! Les enfants ne pouvaient que se tenir tranquilles, abasourdies devant une telle démonstration de rhétorique mensongère de bas étage. Je n’allais pas rester planté là, je devais agir. Mentir est une chose abjecte et il faut inculquer cette notion aux enfants. Ce n’est pas en leur racontant des histoires de gros joufflu dont la femme se fait baiser par une armée de lutin en son absence et de pédophile ponctuelle que ces enfants vont devenir des hommes droits! Pas dans ma face!
Lâchant mon équipement de Ghostbusters que je porte toujours pour faire le marché, ça rassure le personnel de la boucherie, j’ai marché jusqu’à leur hauteur.
-N’écoutez pas votre mère, les enfants. Il n’y a aucun Bonhomme Sept Heures, ni de Père Noël ni aucun personnage fantastique. Tout ça, ce ne sont que des mensonges que votre mère vous raconte pour que vous soyez sage. De la grosse bullshit sale de parents indignes et inconscients du tort qu’ils font. Le monde est comme il est : violent, dangereux, sans espoir, une belle merde. Et c’est là-dedans que vous grandirez. D’ailleurs, saviez-vous que vous allez travailler toute votre vie pour payer les mauvais choix de vos grands-parents ? Ben oui, c’est ça la vérité.
Ils ont éclaté en sanglots. J’avais prévu le coup. C’est comme une deuxième naissance. Voir le monde comme il est vraiment est un choc. La mère, au lieu de me remercier, se mit à m’insulter comme si je ne venais pas de sauver la vie de leurs fils. Il y en a qui ne sont jamais contents.
J’avais le ventre rempli par cette bonne action et j’ai décidé de laisser tomber l’épicerie pour rentrer chez moi. En tournant le coin, à mon grand désarroi, mon immeuble brûlait. Crisse de casserole à marde.
02/08/2009
Cacanne story
Seul comme toujours — car de toute façon, naturellement, nous naissons ainsi, et cela inclus les jumeaux, car ils viennent un en arrière de l’autre et non les deux en même temps, donc des êtres solitaires est ce que la nature a fait de nous au départ – je déambulais dans un élevage de mouette, qu’on nomme aussi dépotoir. Je voulais au départ louer un film, un obscur film de répertoire en noir et vert avec une actrice blonde au nom alliant métropole française et hospitalité coûteuse, mais j’ai décidé de me promener un peu pour passer le temps, vu que le vidéoclub n’ouvrait que dans trois mois.
Donc, me frayant un chemin entre des sceaux de poulet frit, des revues trop intéressantes pour être lu ailleurs que chez le dentiste et des vestiges d’une civilisation disparue obsédée par un nombre, car toutes les traces qui en subsistent, c.-à-d. chapeaux de fêtes, flutes, diadèmes cheaps et verres de plastique sont décorés du chiffre 2000, j’ai soudainement été témoin d’une histoire de misère, le genre dont les médias refusent obstinément de parler.
Là, devant moi, dans un pneu remplit de suremballage douillet dont je découvrais l’utilité à l’instant, un groupe de boites de conserves dans le besoin, le ventre gonflé par des gaz, l’hygiène cachée sous une couche de rouille, l’air nostalgique des jours glorieux du passé, sur une tablette de supermarché, la canne remplit de rêve, de désirs, d’envie. À ce moment, je comprenais l’étendue de l’injustice de cette société, quand même des conserves dans la force de la date d’expiration ne trouvent plus d’assiette à garnir.
J’étais au bord des larmes quand soudain, une horde de spartiates malodorants, barbus et édentés, tous dans des costumes qui ne matchaient pas ensemble, se jetèrent comme des barbares affamés sur les conserves. Caché derrière ce qui fut autrefois un char de l’année, j’observais ces indigènes précolombiens les décapiter et vider leurs entrailles à l’aide de lames émoussées, et ce, sans procès équitable.
La violence de la scène, l’inégalité du combat et le dégoût pour la vie de ces indignes descendants d’Attila le Hun me mirent en rogne. De mes mains, j’ai arraché la porte côté passager et j’ai foncé défendre les plus démunis. D’un coup dans les gencives, j’ai coupé la faim du premier. En me retournant, je fis comprendre aux autres que la dignité avait le droit de citer sur cette terre. Mon regard rageur injecté de sang fit déguerpir le reste de la bande. Je suis ensuite foncé à l’hôpital faire checker ça.
Donc, me frayant un chemin entre des sceaux de poulet frit, des revues trop intéressantes pour être lu ailleurs que chez le dentiste et des vestiges d’une civilisation disparue obsédée par un nombre, car toutes les traces qui en subsistent, c.-à-d. chapeaux de fêtes, flutes, diadèmes cheaps et verres de plastique sont décorés du chiffre 2000, j’ai soudainement été témoin d’une histoire de misère, le genre dont les médias refusent obstinément de parler.
Là, devant moi, dans un pneu remplit de suremballage douillet dont je découvrais l’utilité à l’instant, un groupe de boites de conserves dans le besoin, le ventre gonflé par des gaz, l’hygiène cachée sous une couche de rouille, l’air nostalgique des jours glorieux du passé, sur une tablette de supermarché, la canne remplit de rêve, de désirs, d’envie. À ce moment, je comprenais l’étendue de l’injustice de cette société, quand même des conserves dans la force de la date d’expiration ne trouvent plus d’assiette à garnir.
J’étais au bord des larmes quand soudain, une horde de spartiates malodorants, barbus et édentés, tous dans des costumes qui ne matchaient pas ensemble, se jetèrent comme des barbares affamés sur les conserves. Caché derrière ce qui fut autrefois un char de l’année, j’observais ces indigènes précolombiens les décapiter et vider leurs entrailles à l’aide de lames émoussées, et ce, sans procès équitable.
La violence de la scène, l’inégalité du combat et le dégoût pour la vie de ces indignes descendants d’Attila le Hun me mirent en rogne. De mes mains, j’ai arraché la porte côté passager et j’ai foncé défendre les plus démunis. D’un coup dans les gencives, j’ai coupé la faim du premier. En me retournant, je fis comprendre aux autres que la dignité avait le droit de citer sur cette terre. Mon regard rageur injecté de sang fit déguerpir le reste de la bande. Je suis ensuite foncé à l’hôpital faire checker ça.
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