04/09/2009

Le destin a une dent comme moi

Seul comme toujours, comme ça j’ai personne pour dire de faire attention à mon dos quand je me ronge les ongles d’orteil, j’attendais avec un contingent de chaises de la même couleur que le tapis en cherchant une revue qui ne date pas du crétacé supérieur qu’un spécialiste du défrichage de gencives me libère un espace très convoité de mon maxillaire inférieur.
Mes dents d’en arrière avaient entendu la rumeur que des semblables autoproclamés sages voulaient s’établir un pied-à-terre au fond de ma caverne nourricière. Furieux, Molaire 1er, le chef de la gang des « Food Crushers from hell », a fait pression sur ses sujets prémolaires pour qu’ils m’envoient un message clair, sous forme d’influx nerveux douloureux, disant que lui et ses sbires émaillés ne tolèreront pas l’établissement de nouveaux arrivants, aussi sages soient-ils.
Après quelques jours de résistance, j’ai dû céder à cette tyrannie buccale et j’ai été chercher du renfort. J’attendais donc, mon numéro à la main, que le jeune en tablier blanc avec une énorme tache de sang sur sa poitrine me témoigne de l’attention.
-Oui, quessé que j’peux faire pour toé ?
- Ben j’ai des dents qui me font souffrir. J’aimerais que vous y jetiez un coup d’oeil.
-Euh, ok, mais je connais pas grand-chose là-dedans.
- Ah, je vois. Vous, c’est plus le nettoyage suivant la visite du patient.
J’ai compris en entrant que c’était une clinique pas très chère, « Meilleur prix en ville » que ça disait dans la vitrine, à côté de l’affiche vantant une marque de salami. Ils employaient probablement des étudiants en stage.
-Y’as-tu quelqu’un qui s’y connait plus que vous ? Où est votre professeur ? J’aimerais ne pas ressembler au mec que vous avez sorti du moulin à viande, voyez-vous.
- C’est du bœuf haché. Le dentiste, c’est la porte à côté.
Je suis sorti de la boucherie, en prenant une livre de jambon venant d’une sombre forêt, et pénétré le commerce adjacent. Cela faisait près de 20 minutes que je fixais le portrait laminé d’un homme au sourire satisfait quand une dame d’une quarantaine d’années est venue me voir.
-Oui, vous avez rendez-vous ?
-Non, mais c’est une urgence, voyez-vous.
- J’vois ça, oui! J’ai un trou de 15 minutes, je peux vous prendre tout de suite.
-Ah, merci infiniment!
Je me suis donc installé sur la chaise. La dame s’est ensuite placée derrière moi et m’a vêtu d’un tablier.
-J’te fais ça comment ?
-Ben, enlève-moi ce qui pousse en arrière.
- Tu veux ça court comment?
-J’veux rien qui dépasse.
Elle a commencé par me mouiller la tête avec un vaporisateur d’eau et a commencé à me couper les cheveux avec ses ciseaux.
-Euh, j’ai vraiment mal aux dents. J’aimerais que vous commenciez par là et vous vous attarderez à ma crinière après.
-Le dentiste, c’est deux portes à côté, chose!
- Ah bon. Désolé donc.
Mais vu qu’elle avait commencé, je l’ai laissé terminer. En soupirant, elle a terminé rapidement son œuvre en me disant que j’avais maintenant un long œil. Bon, un autre problème.
Me voilà donc deux portes à côté et, comme je le disais au début, avec un contingent de chaises de la même couleur que le tapis. Finalement, un homme en sarrau blanc s’est pointé dans la salle.
-Vous avez rendez-vous ?
-Non, mais c’est une urgence.
- Et où est votre animal ?

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