Seul comme toujours, car mes bobettes ne supportent qu’une seule paire de fesses à la fois, j’attendais l’autobus, ce petit avion sans aile qui roule au lieu de voler et dont le chauffeur se sacre ben si ça brasse ou non, dans l’abribus. Cette installation porte mal son nom puisque si l’autobus décide de rentrer dedans, ce n’est pas 5-6 baies vitrées, une couple de boulons pis une pub de bière cheap qui vont tenir à l’abri les occupants.
Je désirais me rendre au centre d’achat pour me procurer le dernier DVD de Cardio Tae Boxe en version braille pour ma grand-mère aveugle de 107 ans en fauteuil roulant. L’horaire, d’habitude affiché avec la carte de la ville dans un case en plastique, avait décidé de s’absenter de la job aujourd’hui pour cause de p’tit-crisse-qui-avait-rien-à-faire. Après plusieurs minute à me demander si je devrais réquisitionner le big wheel du petit gars d’en face qui jouait dans son entrée de garage, le méga suppositoire collectif à roulette s’est pointé le bout du parechoc. C’est donc avec soulagement et une envie de pisser la grosse slush que je venais de caler que j’y suis monté.
Payant mon passage en espèce, en voie de disparition dans l’écosystème de mon porte-feuille, j’ai pris place à l’avant du wagon solitaire émancipé d’un train inexistant. Devant moi, un homme aux souliers autrefois blanc et jadis munis de semelles, au pantalon dont les trous étaient maintenant majoritaires, au t-shirt couleur crotte de fromage qui exhibait son nombril rempli d’immondices, aux lunettes dont la monture offrait une bonne cachette à ses sourcils, à la chevelure victime d’un génocide capillaire, est venu s’asseoir à ma droite. Il tenait dans une main un bouquet de fleurs.
Entre ses dents survivantes d’une attaque de gingivite, il a marmonné :
-Eille j’ai une histoire à te raconter. C’est important. Une fois, c’t’un gars qui voulait rentrer dans la police, la police s’est tassée, y’est rentré dans le mur, y’a fait un trou pis toutes ses chums se sont évadés de prison.
-Ah bon, j’ai dit. Il a donc fait exprès, le scélérat. Y’est arrivé quoi à ce gars-là ?
- Il est mort. En démolissant le mur, il a aussi tué deux détenus. Ils sont arrivés les trois devant Saint-Pierre qui leur a dit en pointant du doigt : « Jetez-vous en bas de ce précipice et dîtes ce que vous aimez le plus au monde et vous tomberez dedans. » Le premier détenu s’est élancé et a crié : « L’argent! » et il est tombé dans une montagne de cash. Le deuxième détenu s’est élancé ensuite et a crié en tombant : « Des femmes nues! » et il est tombé sur une montagne de belles femmes à poil. Le gars de tantôt s’est élancé à son tour, mais s’est enfargé sur une roche et a crié en tombant: « Diantre! » et il est tombé au beau milieu d’une pièce de Molière.
- Toute une mort, j’ai dit. C’était quoi son nom au juste ?
- Pet. Il a failli se noyer une fois. Il est allé en bateau avec Répète un jour. Mais Pet est tombé à l’eau. Devine qui qui restait dans le bateau ?
- Ben techniquement personne. Je le connais Pet, pis Répète c’est son chien!
- Ah. Ben si tu le connais, peux-tu aller mettre ces fleurs-là sur sa tombe ? J’aurai pas le temps, je dois aller au centre d’achat m’acheter le DVD de Cardio Tae Boxe, la version Director’s cut avec les commentaires du réalisateur, les bloopers et les behind the scenes.
- Ok, mais achète la version braille en échange. Tiens, voilà 300 dollars, ça devrait suffire.
En faisant oui de la tête, il a tiré sur la corde pour signifier qu’il désirait descendre de ce cheval de Troie mécanique qui n’aurait berné aucun Troyen parce qu’ils auraient pu voir les soldats grecs cachés en dessous des bancs. Une fois sorti, il se fit attaquer par un groupuscule armé arborant bandeaux rouges, signes de piasse en or et de grosses couches de nonchalance juvénile, les mêmes qui m’ont vu donner une liasse de billets au quidam. Pour agir de la sorte, les pauvres devaient surement être affamés.
14/08/2009
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire