Seul comme toujours, car je n’aime pas qu’on me parle même si c’est pour me dire qu’un autobus s’apprête à m’étamper comme une mouche sur son pare-brise, je déambulais dans les allées d’une épicerie qui, à ma grande surprise, vendait autre chose que des épices. Ça tombait bien, car pour le souper, je voulais me procurer du polysorbat 60, de la gomme de xanthane, de la lécithine de soya et bien sûr, du chlorure de potassium, soit tout ce qu’il faut pour obtenir ce petit goût chimique que j’aime tant. Quand ça goûte trop vrai, ça m’ennuie.
Devant moi, face au rayon de sac de chips, une mère qui n’aurait pas dû le devenir et qui n’a visiblement pas appris de ses erreurs, puisqu’elle a un autre pain dans le four, s’obstinait avec sa progéniture, deux morveux qui, dans quelques années, seront probablement des locataires saisonniers de Bordeaux. Le houleux débat mettait aux prises deux visions diamétralement opposées de ce que devait être une croustille. D’un côté, la mère, conservatrice, défendait son choix de prendre un sac de chips ordinaires en spécial. Et pas question de prendre des ondulés! De l’autre, les deux morveux, modernes et libéraux, chialaient pour avoir les chips Pourritos au bon goût de piment décapant et fromage séparé mécaniquement, le tout deux piasses plus chers.
Les arguments de la mère sont plutôt prévisibles :
-C’é meilleur pou la santé, dé z’ordinaire.
- Tu vas t’êt’e malade.
- Ton pére aime pas ça, cé chips là.
Les fils, voyant une mollesse dans l’argumentation matriarcale, ont contre-attaqué en faisant miroiter un profit :
- Come on, moman! Check, on peut gagner un million si on participe au concours « Étouffez-vous avec la chip en métal Transformers »!
Mais la mère a vu pleuvoir, vu qu’elle a probablement juste fait ça depuis 20 ans, et refusait de façon catégorique :
- J’ai dit non! Pis farmer vos boêtes ! Si vous z’écoutez pas, le Pére Noël vous donn’ras pas de cadeaux c’t’année, s’tu clair ?
À ce moment, mon sang s’est mis à bouillir comme l’huile à frire dans la casserole que j’avais oubliée sur le feu en partant. Je me sentais plus révolté que des Iraniens après une élection. J’avais le goût de prendre un pot de salsa piquante, d’ouvrir le couvercle et de lui coincé entre les dents pour que si elle renvoie, le tout atterrisse dans le pot et retombera dans sa bouche. Oh oui, j’étais à ça (geste de doigts assez rapprochés) de le faire.
-Pis z’êtes mieux de vous coucher tôt à soèr, pa’ce sinon, le Bonhomme Sept Heures va venir vous charcher!
Et elle en remet, l’éleveuse de sociopathe en chaleur! Les enfants ne pouvaient que se tenir tranquilles, abasourdies devant une telle démonstration de rhétorique mensongère de bas étage. Je n’allais pas rester planté là, je devais agir. Mentir est une chose abjecte et il faut inculquer cette notion aux enfants. Ce n’est pas en leur racontant des histoires de gros joufflu dont la femme se fait baiser par une armée de lutin en son absence et de pédophile ponctuelle que ces enfants vont devenir des hommes droits! Pas dans ma face!
Lâchant mon équipement de Ghostbusters que je porte toujours pour faire le marché, ça rassure le personnel de la boucherie, j’ai marché jusqu’à leur hauteur.
-N’écoutez pas votre mère, les enfants. Il n’y a aucun Bonhomme Sept Heures, ni de Père Noël ni aucun personnage fantastique. Tout ça, ce ne sont que des mensonges que votre mère vous raconte pour que vous soyez sage. De la grosse bullshit sale de parents indignes et inconscients du tort qu’ils font. Le monde est comme il est : violent, dangereux, sans espoir, une belle merde. Et c’est là-dedans que vous grandirez. D’ailleurs, saviez-vous que vous allez travailler toute votre vie pour payer les mauvais choix de vos grands-parents ? Ben oui, c’est ça la vérité.
Ils ont éclaté en sanglots. J’avais prévu le coup. C’est comme une deuxième naissance. Voir le monde comme il est vraiment est un choc. La mère, au lieu de me remercier, se mit à m’insulter comme si je ne venais pas de sauver la vie de leurs fils. Il y en a qui ne sont jamais contents.
J’avais le ventre rempli par cette bonne action et j’ai décidé de laisser tomber l’épicerie pour rentrer chez moi. En tournant le coin, à mon grand désarroi, mon immeuble brûlait. Crisse de casserole à marde.
04/08/2009
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